Un évènement d’exception

Le mardi 28 novembre 2017 s’est tenu à l’Eglise du Saint Nom de Jésus un concert quelque peu exceptionnel par son thème, le choix des musiques, ses interprètes et son cadre.

Le cadre ? L’église du saint Nom de Jésus – une église du centre de Lyon, à la fois classique et moderne, élégante et élancée, bien à l’image de la musique de Francis Poulenc qui allait résonner sous ses voutes pendant deux heures de pur bonheur. Cette église est mitoyenne d’un fort beau cloître quelque peu méconnu des Lyonnais.

Ce cadre enchanteur était mis à la disposition de l’Association lyonnaise « Paroles et Musique » associée au CNSMD par les Dominicains de Lyon.

L’ensemble de cette église, du cloître et des bâtiments attenants forme à la fois une Paroisse et le Couvent des Dominicains de Lyon. Ces Dominicains nous ont beaucoup aidé pour la préparation du concert « Poulenc ».

Un excellent régisseur, Franck Dusseux, a mis en lumière ce cadre déjà clair en lui-même, préfigurant les fameuses fêtes de la lumière lyonnaises du 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception de la Vierge.

Donc pour le cadre : parfait !

Le compositeur ? Francis Poulenc – Un compositeur oserions nous dire atypique, par sa musique elle aussi claire, aérienne, inventive, totalement a-religieuse, puis totalement religieuse..

Les interprètes ? Très nombreux et tous excellents !

Le premier : un conférencier, Roger Thoumieux, qui pendant une petite heure a présenté Francis Poulenc lyonnais à ses heures à une soixantaine d’auditeurs absolument captivés

Les suivants : de nombreux jeunes étudiants du CNSMD de Lyon, dirigés pour les chœurs par une professeure-chef de chœurs et excellente artiste-animatrice, Marie-Laure Teissèdre.

Le concert ?

Des mélodies accompagnées au piano, parmi lesquelles des poèmes de Ronsard, Prière pour la Paix, Hymne de Racine, etc.,

 

Citons, en espérant être exhaustif, les nombreux jeunes artistes du CNSMD de Lyon qui nous ont enchantés par la beauté, la diversité de leurs voix, et leur intelligence respective des textes de grands poètes fort bien mis en musique par F. Poulenc.

Lune d’avril (La courte paille, Maurice Carême) par Manon Lamaison
Nous avons fait la nuit (Tel jour, telle nuit, Paul Eluard) par Julie Goussot
Rien que ce doux petit visage (Eluard 2′) par Julie Goussot
Tu vois le feu du soir (Miroirs brûlants, Paul Eluard) par Chloé Jacob
Poèmes de Ronsard (Le tombeau) Johannes Kônig /
Je n’ai plus que les os par Lucie Curé

Priez pour paix (extrait de Charles d’Orléans) par Manon Lamaison
Dernier poème (Robert Desnos) par Johannes König
Hymne (Racine) par Ramya Roy

Ils étaient merveilleusement accompagnés par deux pianistes, collègues étudiants, alternativement :

Rodolphe Loospied et Eunji Han

 

Des chœurs, dont les fameuse « Litanies à la Vierge noire, pour chœur de femmes et orgue et les « Motets pour un temps de Noël », pour chœur mixte a capella. De très belles mélodies d’un Poulenc revenu à la religion de son enfance après le décès dans un accident de voiture d’un de ses meilleurs amis. Le début des Litanies « Seigneur, ayez pitié de nous », était spécialement émouvant.

« l’Ensemble Vocal » du CNSMD  était dirigé entièrement par Marie-Laure Teissedre, dont nous avons apprécié le dynamisme et la joie communicative partagée avec les chanteurs et le public.

Les chanteurs de ces ensembles ont très bien rendu la ferveur recherchée par Poulenc :

Julie GOUSSOT, Anais PERRIER-CORNET, Manon LAMAISON, Chloé JACOB, Elodie BOU, soprani,

Ramya Roy KOCHEARY, Gabriele KIRSAITE, mezzo-soprani,

Martin DAVOUT, Julien HENRIC, ténors,

Johannes KONNIG, Sergio VILLEGAS GALVAIN, basses.

L’organiste, Satenyk Shahazizyan, excellente et sympathique musicienne, a su accompagner avec brio les Litanies, depuis le grand orgue situé au fond de l’église, ce qui n’est pas évident, vu la distance entre l’orgue et les chœurs, et la vitesse de propagation du son, qui n’est pas si rapide !

 

Un duo : la « Sonate pour clarinette et piano », fort bien interprétée au piano par Justine Eckhaut (qui est à la fois pianiste et membre du conseil d’administration de Paroles et Musique) et à la clarinette par Luc Laidet. Un ensemble qui a très bien rendu l’esprit enjoué, rapide et élégant de l’œuvre ultime de Poulenc. Les auditeurs se sont étonnés de ce qu’il soit possible d’obtenir à la fois d’un piano et d’une clarinette des sons à la fois aussi  justes, ténus et néanmoins parfaitement perceptibles. Ces pianissimi alternaient avec des mouvements endiablés d’une virtuosité confondante, le tout au service d’une vraie musique plus que d’un tour de force technique.  Rappelons que Poulenc n’aura jamais entendu cette œuvre en concert (dommage…la première a eu lieu au Carnegie Hall, quelques mois après son décès, et le clarinettiste était l’excellent Benny Goodman). Ce duo a fort bien compris les intentions de Poulenc, bien exprimées dans ses indications de mouvement :

1/ Allegro tristamente. 2/ Romanza. 3/ Allegro con Fuoco

Un trio : « Trio pour piano, hautbois et basson», par Johnneils FRANCOIS-GUEVARA, hautbois, Juan Ruiz BANDOUX, basson allemand et Ezequiel CASTRO, piano – trio de jeunes artistes d’Amérique du Sud à l’expression passionnée – ils ont soulevé l’enthousiasme. Là aussi, virtuosité – spécialement inattendue au basson ! – dialogues captivants entre le basson et le hautbois – base solide et inspirée du piano – un vrai partage de la musique.

Notons avant de conclure que l’organisation  plutôt complexe de ce concert a été en grande partie assurée par Anne  Delafosse, coordinatrice du département « Chant » du CNSMD.

Anne  Delafosse été le véritable maître d’œuvre de la programmation, très habile et efficace pour faire cohabiter chanteurs, accompagnateurs, chambristes, instruments à vent, pianistes, organiste !

En résumé, un bonheur à la fois lyonnais (Francis Poulenc, cette belle église bien mise en lumière, le CNSMD et ses étudiants) et international (toujours les étudiants du même CNSMD de Lyon).

Henri Vigne (Conseil d’Administration)