* 22 novembre : musique de chambre avec quatuor à cordes et contre-ténor


Le Quatuor Mycelium et le contre-ténor Léo Fernique
à l’Espace Citroën
Lyon, le 22 novembre 2018.

 

Un très beau programme présenté par ce jeune quatuor et ce chanteur, encore étudiants au CNSMD de Lyon.

 

 

 


Maguelonne CARNUS-GOURGUES, avant de nous enchanter par les sonorités douces et dynamiques de son violoncelle , nous lit la dédicace étonnante de Mozart à son grand ami Joseph Haydn, plus âgé d’environ 24 ans, qu’il tutoie ; ils jouent souvent ensemble chez « Les Mozart » (Haydn au violon, Mozart à l’alto, instrument qu’il aimait
beaucoup). Cette dédicace présente un ensemble de six quatuors pour cordes écrits entre 1782 et 1785, dont nous allons entendre le premier opus. Nous ne
résistons pas au plaisir d’écrire ici la traduction de cette dédicace, pleine de respect et d’amitié.

 

  • Un père qui avait décidé d’envoyer ses fils dans le grand monde pensait qu’il était de son devoir de les confier à la protection et à la direction d’un homme qui était très célèbre à l’époque, et qui se trouvait d’ailleurs être son meilleur ami.
  • De la même façon que je vous envoie mes six fils … Je vous en prie, recevez-les avec bonté et soyez pour eux un père, un guide et un ami! … Je vous prie, cependant, d’être indulgent envers ces fautes qui ont pu échapper à l’œil partial d’un père, et malgré elles, de continuer votre amitié généreuse envers quelqu’un qui l’apprécie tellement.

Puis les trois autres membres du quatuor, Minori DEGUCHI, violon,  Loïc SIMONET, violon, Jeanne-Marie RAFFNER, alto se joignent à Maguelonne pour partager leur joie et l’élégance de Mozart dans son Quatuor en sol majeur K. 387.

Arrive le contre-ténor Léo FERNIQUE, qui nous rappelle le succès de la cantate profane « Arianna à Naxos », écrite en 1789 par Haydn pour la fille de son employeur, le Prince Nicolas Esterházy. Succès multiplié lors des voyages de Haydn en Angleterre dans les années 1790. Haydn appréciait d’ailleurs beaucoup sa composition. Léo nous a fait découvrir à la fois la stupeur d’Arianna, abandonnée sur l’île de Naxos par Thésée, puis sa fureur. Très belle interprétation, ovationnée.

Mais revenons au quatuor solo, dans un des derniers quatuors de Haydn (écrit entre ses deux voyages en Angleterre). Quatuor très vivant, aux rythmes viennois, surnommé et bien nommé « Le Cavalier », par son entrain. Le choix profondément baroque du quatuor Mycelium (instruments, cordes, tenue de l’instrument comme les musiciens l’ont expliqué de manière très claire) trouvait son plein épanouissement dans cette musique de lumière, clôturant un siècle de même nom.

En final, Léo rejoignait le quatuor pour interpréter un air de Farnace (de l’opéra Mithridate, du jeune Mozart – il avait 14 ans au cours de son premier voyage en Italie). Après un rappel du livret de cet opéra (assez complexe), Léo a impressionné le public par son engagement dans le rôle de ce fils de Mithridate, qui ne craint pas la fureur légitime de son cher père, et qui l’exprime avec énergie dans l’air « Venga pur, minacci e frema ».

… une très belle présence artistique en écho au quatuor de Haydn dont la profondeur a été révélée par le quatuor Mycelium … Tous nos vœux à ces jeunes artistes applaudis avec enthousiasme par les spectateurs,  qui ont également beaucoup apprécié, en bis, l’Air de Chérubin de Mozart, plein d’esprit.

Ainsi se terminait cette excellente soirée organisée grâce à notre hôte, Jérôme Salord de SantéVet, à l’Espace Citroën ainsi qu’à M. Simonet, père de l’altiste Loïc Simonet, dans le cadre des concerts de Paroles et Musique Lyon.

Henri et Emmanuelle Vigne

 

Paroles et Musique Lyon avait convié le Quatuor Mycelium (Minori Deguchi, violon ; Loïc Simonet, violon ; Jeanne-Marie Raffner, alto ; Maguelonne Carnus-Gourgues, violoncelle) et le contre-ténor Léo Fernique, dans une salle qui permet un bon contact avec le public.
Le programme de la soirée était placé sous le signe de Vienne et de l’amitié entre Joseph Haydn et Mozart, tous deux par ailleurs frères en franc-maçonnerie.


Des cordes à l’ancienne …

Constitué de quatre jeunes étudiants du Département de musique ancienne du Conservatoire National de Musique et de Danse de Lyon, le Quatuor Mycelium s’attache à retrouver une certaine authenticité dans l’interprétation de la musique du XVIIIe siècle. À cette fin, il a choisi de jouer sur des instruments de facture ancienne : cordes en boyau, archets classiques, absence de vibrato.

C’est ainsi qu’il nous fit d’abord entendre le Quatuor en sol majeur K. 387 de Mozart qui date de 1782, année plutôt heureuse pour lui puisqu’il est installé à Vienne, enfin libéré de la  férule de l’archevêque Colloredo, et qu’il vient d’épouser Constance. Ce quatuor est le premier des six dédiés très affectueusement à son « cher ami Haydn » qu’il considère comme son maître dans l’art du quatuor à cordes. Mais n’égale-t-il pas ici le maître, voire ne le dépasse-t-il pas ? Et tant par les dimensions de l’ensemble que par la richesse de l’écriture, il va bien plus en profondeur qu’avec le « style galant » de sa période salzbourgeoise.

L’œuvre reflète une certaine joie de vivre, même si on y perçoit des interrogations inquiètes et une grave méditation plus qu’une rêverie galante. Il est permis de discuter le choix des instruments anciens pour des pages où Mozart se montre, de notre point de vue du moins, plus proche du 19e siècle que de l’âge baroque. Mais s’ils perdent peut-être quelque chose en chaleur émotionnelle, les Mycelium gagnent en vivacité du discours, en couleur des timbres, en franchise des rythmes et des accents.

Ils réussirent en tout cas avec un bonheur sans conteste dans la seconde œuvre inscrite à leur programme : le Quatuor op. 74 n° 3 en sol mineur « Le Cavalier » de Joseph Haydn, le plus concis d’une série de six datant de 1792-1794. Ils donnèrent un relief étonnant aux mouvements rapides et rendirent la sublime beauté hymnique du Largo assai.

Dans l’ensemble, les Mycelium se distinguèrent par l’équilibre des voix dans un louable esprit d’ensemble, l’alto paraissant toutefois un peu trop discret. Question d’acoustique de la salle ?

… et un brillant contre-ténor

Outre la musique de chambre proprement dite, le programme comportait des extraits (Air – Récitatif – Air) de la cantate Arianna a Naxos de Haydn.
Elle fut écrite en 1790, à l’origine pour soprano avec accompagnement de pianoforte. Elle nous montre la malheureuse Ariane abandonnée par Thésée sur une île déserte et qui se répand en lamentations.

Ce fut l’occasion d’entendre le contre-ténor Léo Fernique, accompagné en l’occurrence par le Quatuor Mycelium. Issu du Département supérieur pour jeunes chanteurs du Conservatoire à Rayonnement régional de Paris, il a déjà travaillé sous la direction de chefs renommés et acquis une première expérience notable.

Il a saisi d’emblée l’auditoire par la puissance de sa voix et l’ampleur de sa tessiture, l’éclat de ses aigus et l’impeccable fluidité de ses passages au registre grave, l’expression intense de son chant. Il se montra également doué d’une présence scénique tout à fait remarquable et l’on comprend qu’on ait pu lui confier récemment le rôle d’Obéron dans A Midsummer Night’s Dream de Benjamin Britten.
C’est lui qui concluait avec brio la soirée dans un air de Farnace, extrait de Mitridate Re di Ponte, opera-seria d’un Mozart de quatorze ans représenté à Milan en 1770.

Léo Fernique donna toute sa noirceur au « méchant fils » du vieux roi qui laisse éclater son ressentiment contre son père.

Roger Thoumieux, historien de la musique