Le chaînon manquant

Longtemps oubliée, la compositrice lyonnaise Hélène de Montgeroult (1764-1836) trouve depuis quelques années une place originale dans l’histoire de la musique.
Sous l’égide de l’association Paroles et Musique Lyon, la pianiste Claire Laplace vient de lui consacrer un récital instructif, conçu comme une conférence. En alternant les pièces brèves de Montgeroult et des œuvres marquantes de compositeurs essentiels, Claire Laplace a montré que le classicisme de la compositrice se souvient du monde baroque tout en tendant vers le romantisme naissant ; ainsi les compositions de Montgeroult forment au temps du classicisme un arc entre baroque et romantisme.
Ses études 11 et 15 se souviennent de Couperin et Rameau (dont fut joué le fameux prélude de la suite en la et le chef-d’œuvre qu’est la sublime Gavotte et ses doubles), quand ses études 31 et 40 disent sa profonde connaissance de Bach — le rapprochement entre l’étude 40 et le prélude BWV 855a s’avère étonnamment éloquent.
Hélène de Montgeroult préfigure aussi le premier romantisme, et l’on pense parfois à Schubert et Mendelssohn dans ses accents sensibles empreints d’un lyrisme retenu. C’est fort logiquement le prélude et fugue de mi mineur de Mendelssohn qui conclut ce beau récital donné au loft du Goethe Institut, sur le même piano Blüthner qui résonna il y a peu sous les doigts inspirés d’Iddo BarShaï jouant Couperin, Bach et Haydn.

Philippe Roger – Radio canut